Le bonheur et le mal

La recherche du bonheur se heurte au mal. La plupart des morales brillent dans l’analyse des moyens de maximiser le plaisir et son contentement. Par contre, face au mal, ces morales se limitent à donner quelques maximes pour nous inciter à la patience. La morale chrétienne propose une attitude qui permet de changer le mal en bien. Le mal ne disparaît pas, mais il y a possibilité de le vivre de manière à en tirer du bien.Déjà la charte du bonheur des chrétiens, le discours sur les béatitudes, nous mets sur la piste en déclarant heureux ceux qui sont pauvres, ceux qui pleurent, ceux qui sont persécutés etc.

Non pas que le christianisme glorifie le malheur, ou recherche maladivement à vivre le mal. Au contraire tout son enseignement valorise la vie, propose le bonheur. Le mal, de par sa nature, contrarie nos désirs, il ne peut être voulu pour lui-même. Qui veut être malade, perdre sa maison dans un feu ou être victime d’un ouragan, qui souhaite vivre entouré d’ennemis?

La vie étant ce qu’elle est nous aurons malheureusement à vivre des maux. Des maux ordinaires comme l’ignorance, la maladie, les soubresauts de la nature et dans quelques cas des maux hors de l’ordinaire.

Le christianisme affirme que celui qui vit en aimant Dieu, en croyant à Son désir de nous venir en aide peut faire en sorte que ce qui était un mal se change en bien. Ce mal devient une occasion de se rapprocher de Dieu et de venir en aide à nos proches.

Prenons le précepte d’aimer ses ennemis. Un ennemi nous veut du mal. Qui peut aimer ce genre de situation? Par contre à celui qui s’est égaré au point de nous vouloir du mal, nous pouvons espérer le ramener à la raison par notre façon de répondre à ses provocations. L’amour qui lui est démontré dans cette situation pénible peut servir à cela. Il est facile de haïr celui dont on se persuade qu’il est un monstre. Par contre, en le voyant agir avec autant de bienveillance à notre égard, il devient difficile de conserver cette image négative de lui. Il est difficile aussi d’entretenir la haine envers une personne qui nous fait du bien même lorsque nous ne le méritons pas. Si, malgré cela, le résultat ne suit pas, nous aurons au moins prouvé à Dieu que nous sommes prêts à bien des sacrifices pour Lui.

Le précepte de pardonner se comprend de cette manière aussi. Lorsqu’il y a offense le pardon est difficile à accorder. L’offense est injuste et provient d’un manque de respect. Celui qui se sait le moindrement dans le tort, en se voyant pardonné perçoit plus clairement à quel point son offense est injuste et non méritée par la victime. Mal agir à l’égard de quelqu’un qui se montre aussi bon envers nous, met en évidence l’injustice de cette conduite et le manque de respect qu’elle implique. L’offenseur perd le goût d’agir de nouveau de la sorte. Il arrive souvent que celui qui a été pardonné éprouve de la gratitude, si ce n’est de l’amour envers celui qui lui offre son pardon. Ici aussi un mal se change en bien. En cherchant à se venger chacun souhaite que l’autre comprenne que sa façon d’agir est inacceptable et qu’il ne recommence plus. Par le pardon ces deux résultats sont obtenus, sans qu’il ait été nécessaire d’offenser l’autre à son tour.

Le mal ne disparaît pas de la terre. Il perd son pouvoir de nous atteindre. Nous nous servons de lui pour agir avec bienveillance envers le prochain et pour prouver à Dieu notre amour. Le cycle du mal (répondre au mépris par le mépris, à la haine par la haine) se trouve interrompu.

L’inquiétude et l’angoisse viennent souvent troubler le bonheur. Trop se soucier des besoins de la vie engendre souvent de tels sentiments. La foi chrétienne en nous invitant à mettre notre confiance principalement en Dieu et non uniquement dans nos propres moyens, nous dit qu’il y a moyen de développer une façon de voir l’avenir empreinte de confiance. Cette foi nous encourage à se prendre en main tout en insistant sur le fait que nous ne sommes pas seuls.

Le mal ultime, la mort, se transforme également en bien. Plutôt que de se limiter à une simple perte de la vie, la mort devient une transformation de la vie. Transformée en fonction de la qualité du vécu. Ceux qui auront vécu comme Dieu le leur demande hériteront d’une vie bien meilleure que la vie présente. Dans le cas de ceux qui ont mal vécu, ce sera l’inverse. Ainsi le désir de justice qui gît au fond de chacun s’en trouve satisfait. L’humain peut encore une fois, en raison de sa foi en Dieu, aller au-delà des aspects terrifiants de la mort. Celle-ci restera toujours une réalité pénible, mais qui peut être vécue dans la joie et la paix malgré tout.

John White, Québec

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